Intrications Quantiques

Watine - Phôs, à l'obliqueTrois écrivains, auteurs de nombreux ouvrages ont rendu hommage à l’album.  Ce qu’ils en disent :

Benjamin BERTON

Il n’est rien qui ne soit trop grand pour être contenu dans un cœur humain. Avec cet album largement dominé par l’instrument, Catherine Watine célèbre la tradition d’un piano cosmique qui, de Sokoulov à Alan Parsons en passant par Jean-Michel Jarre, Stephen Jones ou le Pink Floyd, use à la fois du piano comme d’un télescope pour explorer les étoiles et comme d’un microscope pour scruter l’infiniment petit. L’univers entier est contenu dans un écrin d’émotions que l’artiste entrouvre et emmène partout avec elle. Son piano n’est ni bavard, ni romantique. Il s’exprime autant qu’il semble écouter, autour de lui, les nappes d’arrangements, les grésils, les poussières et les sons qui peuplent le monde. Il y a chez Catherine Watine une capacité à nouer l’infiniment proche et une forme de lointain qui confine au sacré. Ni triste, ni emprunté, Eros & Thanatos ne font qu’un et n’ont aucun conflit freudien à résoudre. Le digital et l’organique dorment dans le même lit agitant la surface de l’eau d’un souffle-caresse doux et synthétique. Le pays de Catherine Watine est parfois à l’arrêt, au bord d’un précipice ou derrière un rideau d’où il regarde la pluie tomber. Elle annonce le temps des voyages, du trouble et de l’exploration. Rustling Forest sonne comme une mini-symphonie du nouveau monde. On y entre comme si on venait de découvrir une nouvelle galaxie ou de rencontrer un nouvel amour en soirée, ce qui revient au même. Interstellar Un-Ravel est une pièce conquérante à la rythmique marquée et solennelle.        

Intrications quantiques saisit l’humanité dans ce qu’elle a de plus vibrant, merveilleux et misérable : cette capacité à penser l’univers entier comme faisant partie de sa propre substance, son émotion intime comme une force suffisamment ample et inconsciente pour contenir tout ce qui tout ce qui rit et tout ce qui pleure, tout ce qui aime et tout ce qui a cessé d’être. To infinity, and beyond ! 

Yan Kouton

On imagine que Catherine Watine n’a pas choisi un tel titre par hasard. On devine que ce choix est le fruit d’une longue réflexion. Qu’il résulte de ce parcours emprunté par la musicienne, depuis les « Géométries Sous-cutanées »…Un chemin aux allures d’embardée, ou d’échappée. Loin des routes balisées de la pop et, pour reprendre la métaphore scientifique, loin de ces musiques animées par le seul principe de localité. Ce principe selon lequel il faudrait sempiternellement composer en suivant des règles préétablies, pour ne pas écrire invariables. Et qu’il « suffirait » de les respecter, en se bornant à modifier à l’infini des combinaisons d’accords, forcément et toujours proches.

Avec « Intrications Quantiques », Catherine Watine s’échappe donc encore un peu plus de cette vision formatée, pour s’épanouir dans un état de composition totalement décloisonné. Le piano demeure, plus que jamais, central, mais s’élève, comme porté par des éléments que l’on dira électro, pour garder intacte la magie d’un processus infiniment précieux. Des éléments éloignés que la musicienne combine pour créer des morceaux, aux allures de systèmes uniques d’une beauté foudroyante.

Elle démontre ainsi que les notes sont, dans son esprit et son laboratoire sonore, des objets superbement intriqués. Après un voyage de l’organique – de ce Pleyel classique comme une extension d’elle-même – à l’univers numérique d’un clavier électronique. Ce qui résulte de cet enchevêtrement est tout simplement exceptionnel et rapproche définitivement Catherine Watine de ses modèles. Et représente sans doute ce que la musique dite actuelle peut faire de mieux, de plus novateur et de plus remuant. Les « Gnossiennes » de Satie ont trouvé leur expression contemporaine. Pour le comprendre, il faut avoir vu Catherine Watine composer d’un clavier à un autre. Passant, d’une certaine manière, d’une époque  à une autre. Se jouant – littéralement – de ce qui sépare ces deux instruments, ancrés chacun dans leur réalité, si opposée en apparence.

Et, in fine, créer une musique destinée à transcender le temps. Une musique qui vous propulse le plus loin possible. C’est-à-dire au plus profond de l’âme. Comme pour démontrer que la distance n’est rien. Que rien ne sépare jamais vraiment des éléments contraires. Il faut juste savoir les intriquer et la beauté jaillit.  La seule qui vaille. Celle qui vous aide à appréhender l’incompréhensible et à trouver le chemin d’un paysage musical et intérieur aussi fascinant qu’inconnu jusque-là.

Pierre Lemarchand

Les premières notes sont bien sûr des notes de piano – et ainsi le seront les ultimes. J’imagine Watine derrière son instrument, ses doigts découpant le noir et blanc des touches, leur imperceptible tremblement s’apprêtant à les éveiller de leur songe silencieux. J’imagine Watine soudée à son piano comme aux commandes d’un ample et souple vaisseau. On entendra peu la voix de Watine ; les cordes du piano semblent l’extension de ses cordes vocales, la poursuite de leurs chants, l’écho infini de leurs vibrations intimes. La musique commence et j’ouvre grand les yeux. Le piano est rejoint par les bruissements telluriques et immémoriaux de percussions : leur dialogue ne cessera plus – inspiration / expiration, souffle vital et élémentaire, matrice d’une musique qui s’éploie. Alors les mélodies, que sculpte, fragiles, le piano, trouvent leur chemin. Ritournelles auxquelles s’accrochent des morceaux d’enfance, sur lesquelles se fichent des émaux de vérité brute et bouleversante, se projettent des flashforwards éclair, elles progressent en des paysages de suspense et d’inquiétude, de surprise et de solennité. La musique se termine et le long chemin accompli ramène mes yeux à leur nuit – c’en est fini.

Intrications Quantiques

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